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poésie



Marseille


Ma ville me parle.
Dans ce qu’elle exhibe et dans ce qu’elle cache, ma ville me parle. Dans ses ouvrages et dans ses murs, dans sa respiration, ma ville me parle.  Marseille, « la Ville Sans Nom ».

Une rose des vents brisée, envahie par les eaux. Exception géographique, amphithéâtre ceinturé de colline, son soleil se lève en arrière pays et se jette à la mer.

Exiguë bassin, Marseille est une île terrestre qui regarde le monde en se moquant de lui.

J’aime ma ville. Dans ses murs camouflés qui sentent la chaux et qui paraissent neufs,

dans ses rues sombres et grises qui sentent la pisse et la putain fanée, dans ses trottoirs pourris, dans ses yeux malfamés.
J’aime ma ville. Dans ses rues discordantes, dans son aspect brisé, dans ses non-sens stupides. J’aime ses habitants aux figures effrayantes, aux allures brillantes et consonantes.
J’aime ses arabes qui parlent provençal, ses costumes de carnaval venus du sud du monde, ses femmes cancéreuses à l’âge perdu, le visage creusé, une cigarette au bec, le regard plein de haine et l’accent métallique.
J’aime ses cris, j’aime sa voix, lorsqu’elle raconte n’importe quoi, lorsqu’elle s’agite pour rien, qu'elle se prend pour une autre,  qu’elle gesticule, qu’elle s’épuise à ne plus en dormir. Et qu’elle se referme sur elle-même, jusqu’à ne plus bouger.
J’aime qu’elle scintille, que sa rade me surprenne, qu’elle déborde au-delà de tout. Marseille est une dame voilée avec un décolleté plongeant.
Ma cité est une enfant millénaire qui regarde Paris se peler sous la pluie.
Chez nous le sang et l’or sont bleus et blancs, comme l’eau face au ciel et l’écume sur les rochers. Notre temple est ouvert sur le ciel, et nos clameurs s’envolent. La seule trace qu’elles laissent est cette certitude qu’elle reviendront toujours.

La passion est immortelle. Notre cité aussi. Elle s’est construite par la foi des hommes, sur les mots d’un oracle. Marseille est une légende ensoleillée, une décision qui traverse les siècles.

La fille de Phocée a vu mourir le monde plus de mille fois. Elle le regarde de loin et continue de rire. Elle le regarde de loin persuadée d’en être le centre et se moque gentiment de lui.
Taco.
  

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