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préambule

Tout commence par un coup de foudre. Un rêve de gosse alimenté par trop de cinéma et trop de télévision. Tous les enfants veulent être pilote, pompiers, shérif ou… journaliste.

Le temps passe et la réalité reprend le dessus. Les uns moisissent derrière un bureau, les autres courbent l’échine et le dos sur des chantiers dont ils ne voient jamais la fin. Certains se tuent, se consument pour ne pas connaître l’échec ou deviennent ce clone insipide et bedonnant que l’on croise parfois en s’égarant dans un supermarché ou sur un canapé en cuir devant le petit écran. Il n’y a pas de différence. Chacun se débrouille comme il peut.

Pour une poignée d’entre nous, le désir se transforme en trajectoire. Coup de chance ou coup du sort ? Une cuillère en argent plantée dans la bouche d’un gamin capricieux par des parents bienveillants ? Volonté, détermination, hargne ? Il n’y a pas de recette miracle. Certains se lèvent le matin, toujours du pied gauche, et avancent à reculons pendant que d’autres ont l’impression de vivre leurs passions. Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent… Mais que les tocards se rassurent les choses ne sont jamais figées. La roue tourne. Un jour on part au combat la fleur au fusil et le lendemain on se fait braquer par le destin. Il n’y a pas de certitude.

Tout commence par un coup de foudre, disais-je. L’enfant modèle devient un adolescent rebelle, emprunte quelques détours avant d’enfiler son costume d’étudiant attardé. Puis il se décide à tenter sa chance, coupe tous les cordons qui stabilisent sa petite planète et s’accroche à sa foi. Le rêve se transforme en objectif. Vivre ou se laisser mourir, les choses ne sont pas si compliquées. L’équation s’embrouille lorsqu’il croit avoir atteint sa cible. Parce que la réalité ne pardonne rien et la conjoncture non plus. Les choses ne sont jamais comme on les imagine. A la sueur de son front et au prix d’une immense solitude, notre jeune trentenaire se retrouve donc journaliste. En quête d’Information, il écume les conseils municipaux, les fêtes votives et les locaux associatifs des villages de province, douze heures par jour pour 1 300 euros par mois. Dévoué et acharné, il finit par se croire indispensable. Juste parce qu’au quotidien, il s’arrache pour faire le double de ce que son employeur demande. Dans une comédie romantique le héros aurait eu droit à son happy end en forme de contrat. Dans le monde du travail, il n’a le droit à rien, pas même au respect de ses supérieurs. Dans le monde du travail, les promesses d’embauche n’engagent que ceux qui les croient. Après trois ans de lutte le journaliste trentenaire se retrouve au chômage. Tel est pris qui croyait prendre. La morale de cette histoire cruellement banale raconte que sur cette terre, contrairement à ce que disaient nos grands-parents catholiques ou cathodiques, les gens n’ont pas ce  qu’ils méritent. Pour les uns c’est une catastrophe, pour les autres ce n’est pas plus mal.   

Pour finir sur une note moins vague, il faut savoir que tous les reporters éclairés qui nous parlent de crise en pleurant sur la tombe des ouvriers licenciés oeuvrent pour des grands groupes qui bâtissent une partie de leur richesse sur la précarité d’une armée de jeunes diplômés taillables et corvéables à merci. Là encore, il ne s’agit pas d’une grande découverte, la presse n’est qu’un secteur d’activité qui tente de survivre en répondant au grand défi du XXIe siècle : la rentabilité. Et, comme le seul véritable problème des patrons reste la masse salariale, les jeunes diplômés continuent de se battre pour attraper la carotte de l’emploi. Nous n’avons pas le choix.

Pour gagner cette guerre il ne nous reste que nos rêves, nos coups de foudre, la capacité increvable de les confronter au réel et de les transformer en mots. Tel est la raison d'être de ce modeste blog. Parce que les grandes averses commencent toujours par quelques goûtes d’eau.


TACO

  Le 31 octobre 2008 

 

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D
Je suis toujours frappé par le ton, l'intensité de tes propos et la justesse des mots. J'espère que les autres sauront le reconnaître...
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