La presse sportive en petit format
L’évènement est assez exceptionnel pour être souligné. A l’heure ou la presse écrite semble à l’agonie, étouffée par les gratuits et submergée par les nouveaux supports, lundi 3 novembre 2008 les kiosques de France ont accueilli deux nouvelles feuilles de choux. Le 10 Sport, un tabloïd lancé par Michel Moulin, fondateur de Paru Vendu et ex conseiller sportif du PSG, et Aujourd’hui Sport, contre attaque rédactionnelle lancée en trois semaines par le groupe Amaury, propriétaire de L’Equipe. D’un coté, 24 pages, sept jours sur sept, dont la moitié réalisée par RMC selon la formule 70% foot, un pointe
de rugby et d’omnisports pour 50 centimes d’euro. De l’autre, même format, même tarif et contenu quasi identique. « Un copier-coller », râle Karl Olive, adjoint de Michel Moulin et ancien chef des sports de Canal +. « Cela fait longtemps qu’on réfléchissait à l’idée d’un journal plus compact, plus léger, aux articles plus courts », rétorque le pilote d’Aujourd’hui Sport, Jean Hornain. L’occasion a fait le larron.
Derrière la justification, le directeur général du groupe Le Parisien décrit à merveille l’avenir de la presse écrite française : moins d’espace et moins de contenu. Un postulat vérifiable sur le papier. L’architecture du 10 Sport ressemble à celle des gratuits et les textes « peau de chagrin » ne sont pas à la hauteur des titres racoleurs. Ainsi, mardi, la une du canard laissait entendre d’éventuels contacts entre Didier Drogba et l’Olympique de Marseille ou encore l’élection de Christiano Ronaldo au titre de Ballon d’or 2008. A l’intérieur, autre son de cloche, l’interview du buteur ivoirien apprenait au lecteur que celui-ci aimait bien l’OM et que les dirigeant phocéens appréciait le joueur. Quant au Ballon d’or, il ne s’agissait que d’une question à laquelle le public pouvait répondre par message écrit pour la modique somme de 0,35 centimes d’euros plus coût du SMS, soit plus cher que le prix du journal. Tout ça pour retrouver le lendemain, en page deux, une non information, puisque l’avis des lecteurs n’engage que ceux qui engraissent les comptes des groupes de presse à coup de téléphones portables.
Face à ce vide, trop coloré pour être honnète, Aujourd’hui Sport a décidé de jouer la surenchère avec trois titres tout aussi accrocheurs annonçant subtilement un possible mais pas certain départ de Laurent Blanc, une arrivée imminament non vérifiable d’Erding au PSG et des « révélations » sur le 11 de départ de Maradona.
Les journalistes de l’Equipe peuvent dormir tranquilles et les amateurs de gratuits peuvent continuer de lire 20 Minutes. Aucune analyse poussée, aucun scoop… Juste un « un journal plus compact, plus léger, aux articles plus courts ».
Dommage, l’idée de faire tomber le monopole de l’immense quotidien sportif paraissait plutot séduisante. Circonstance agravante, le tabloïd signé Amaury l’emporte sur le terrain de la mise en page, avec un chemin de fer moins brouillon, des compositions d’équipe plus lisibles et des pages mieux agencées.
Le 10 Sport a donc du pain sur les planches à dessin. Plusieurs pistes sont à explorer, comme par exemple ne pas trop abuser des encadrés rouges qui agressent et finissent par perdre le lecteur. Le quotidien peut également compter sur une équipe d’excellents chronoqueurs. Ceux la même qui égaillent chaque jour l’antenne de Radio Monte-Carlo. Les Courbis, Fernadez, Riolo, Larqué et autre Moscato ne se sont pas montrés très inspirés, avec la palme du plus mauvais jeu de mot décernée à l’ancien entraineur du PSG pour son désopilant « Benzemax ». Le passage de l’oral à l’écrit est un exercice de haut vol que ces messieurs devront réussir au plus vite. Car la carte d’identité du 10 Sport pourrait être la liberté de ton, la finesse d’une analyse tirée de l’expérience et l’humour ravageur qui caractérise le traitement de l’information sportive made in RMC. Un conseil à la nouvelle rédaction ? N'hésitez pas à "envoyer le bousin". Prenez du plaisir avec la plume comme vous le faites au micro. Le public vous écoute pour cela, il vous lira pour les mêmes raisons.
